Pourquoi tant de haine?
Je ne crois pas en Dieu. Je ne crois pas en la réincarnation. Je ne crois même pas que l'on puisse avoir une âme. Je pense que nous sommes une grosse boule de molécules, assemblées les unes aux autres, et que même le simple fait de tomber amoureux est un phénomène -si complexe soit-il- chimique. Mais je ne détiens pas la vérité, je n'ai pas cette prétention. J'accorde le bénéfice du doute à d'autres croyances, je peux parfaitement me tromper je le sais.
Dans ma jeunesse, certaines choses ont fait que je me suis mise à haïr la religion. En effet, pensez un peu: un homme et une femme (mes parents), non mariés, donnant naissance à deux enfants (mon frère et moi), qu'ils ne baptiseront sous aucune institution religieuse, tout ceci dans une zone rurale et surtout "bigote". "Bâtarde", était un mot courant à mon propos, que j'entendais très souvent. Et c'était la réaction la plus "sympathique" des gens intolérants à mon égard. Je suis considérée comme "non reconnue". De source sûre, on a même demandé à ma mère comment elle avait fait pour nous avoir mon frère et moi, puisqu'elle n'était pas mariée.
église Pendant un an -je devais avoir à l'époque alors 6 ou 7 ans- je suis allée à l'église de mon village, monument historique du 12ème siècle (attation! ça rigole plus!). La fille du maire, plus âgée que moi venait me chercher, et m'emmenait à la messe, tous les mardi soir. J'étais jeune à l'époque, j'y allai pour être avec ma "copine" plus âgée et surtout parce qu'à la fin, le curé me prenait dans ses bras et me faisait souffler la bougie sur l'autel. Toute petite, j'étais déjà fascinée par le feu et les bougies. Comme n'importe quel enfant d'ailleurs. Souffler le feu, un petit plaisir. Et mérité, je devais pendant une bonne heure patienter, que les autres autour de moi finissent de marmonner je ne sais quoi, de se lever et s'asseoir sans cesse. Je revois d'ailleurs les gros yeux de ma camarade parce que je ne faisais en rien ce qu'on attendait de moi. Pendant une heure, je ne comprenait pas ce qui se passait autour de moi mais je m'en fichais pas mal, ce que je voulais, moi, c'était souffler la bougie. Un vrai cas désespéré. :)
Mon père faisait la tête à chaque fois que je partais. Il n'a jamais vraiment porté le catholicisme en haute estime, tout comme son père, mon grand père. Ma mère et son père non plus d'ailleurs. La foi catholique n'est plus présente dans ma famille directe depuis mes grands-parents, en fait.
Ce soir là, quelque chose s'est cassé en moi. Et j'ai peu à peu commencé à ouvrir les yeux sur le monde "idyllique" qui m'entourait. J'ai commencé à détester les catholiques. Comment pouvait-on se tuer au nom de quelque chose d'incertain?! Comment pouvait-on se tuer tout court d'ailleurs? C'était absurde, insensé et incohérent. Cela ne suivait aucune règle. Enfin, c'est que je pensai dans ma tête d'enfant.
Au cours des années, j'ai grappillé pas mal de choses sur les religions dans l'optique "Apprends à connaître ton ennemi, avant de le combattre". J'ai appris que la barbarie catholique ne se cantonnait pas à la seule Saint Barthélémy, mais qu'au nom de Dieu, du dieu catholique entre autres, des peuples entiers avaient été exterminés, tels que les cathares -mes probables ancêtres, je suis d'origine occitane par ma mère- ou encore nombre d'amérindiens. Au fil du temps, si ce n'est le bouddhisme (et encore, j'ai appris assez vite qu'ils avaient aussi du sang sur les mains), j'ai fini par ne plus accorder de crédits à la religion. Ce que je voulais, c'est qu'elle disparaisse, sous quelque forme soit-elle, de la surface de la planète. Un curé à cette époque n'avait pas intérêt à graviter autour de moi, ni même ce que j'appelle un missionnaire (quelqu'un qui va casser les pieds à d'autres pour prêcher et imposer SA bonne parole).
Tous mes amis -à l'exception d'une- avaient été baptisés. Je ne parlai jamais avec eux de cette question, je savais parfaitement comment ça allait finir. Et eux aussi. Je considérais personnellement comme une chance de ne pas être reconnue par ces institutions que je considéraient toutes comme sectes (et que je considère toujours). J'avoue ne pas avoir été un cadeau pour l'entourage ayant une religion, mais j'avoue aussi que j'en ai subi, des vertes et des pas mûres, de mon côté. Pire que mon exposition de la réalité des faits de l'Eglise à mes camarades. On ne m'ôtera pas l'idée que les claques que je recevais tout les jours au collège était dues au fait que j'étais "différente" (c'était débile, j'ai du sang humain dans mes veines, je vous jure) de ces rustres qui me frappaient. Comment je le sais? Chaque claque était accompagnée de l'insulte "bâtarde", au moins, puis en général d'un "salope" (une fille qui ne pliait pas face aux mâles était une abomination. La femme est inférieure dans la religion catholique le saviez-vous?), quand c'était tout. Les insultes à mon égard fusaient (j'ai même eu le droit à sorcière).
Je me permet cette prétention de croire que j'ai effectué un gros travail sur moi-même, que je me suis un peu plus ouverte. Mais ce même entourage connaît les limites à ne pas dépasser, il ne cherche pas à me convaincre, et je fait pareil de mon côté. C'est une loi de respect élémentaire et tant qu'elle n'est pas transgressée, alors, aucune personne croyant en autre chose que moi ne court de polémiques houleuses en ma présence. Attention, maintenant, j'arrive même à débattre, on peut me parler d'une autre croyance que la mienne sans me fâcher, du moment que l'on ne cherche pas à me persuader que j'ai tort. ;)
J'étais entre le collège et le lycée et ma famille a accueilli une correspondante américaine. Elle venait de New-York, elle et ses camarades, du Bronx plus particulièrement. Elle comme ses amis étaient charmants, doués, des personnes vraiment intéressantes. Cela a déclenché une certaine ouverture chez moi, mais encore insuffisante pour que je tolère ce peuple en son entier.
Dans cette équipe, j'ai rencontré mon meilleur ami, actuellement à Pékin. Il est franco-américain. C'est un être lui aussi charmant, que j'admire, pour diverses raisons. Là aussi, mon intolérance s'est vue peu à peu cassée.
Et puis, elle a enfin été mise à rude épreuve lorsque je suis devenue la copine d'un sino-franco-américain. Si chez mon meilleur ami, on ne peut pas déceler le "côté américain" facilement (à part s'il vous le dit), chez mon ex-copain, cela s'entendait tout de suite! Plutôt de droite, "bannissant" les communistes, pro-USA... Son rêve, c'était aller vivre aux USA. Il avait le rêve américain par excellence, rêve que je conspuait, beaucoup pourront en témoigner.
On se disputait avec mon ex. C'est évident avec ce qui nous opposait. Mais c'est là que mon intolérance envers ce peuple est véritablement tombée.
Rendez-vous compte: j'étais prête, avant notre rupture, à aller vivre dans son pays d'origine, s'il partait. Là où il serait, ce serai "ma" maison. Pourquoi j'aimai quelqu'un qui possédait tant de points noirs, que je conspuait plus que tout, qui m'énervaient comme jamais? Parce qu'il était gentil. Parce qu'il était passionné et passionnant. Parce qu'il me respectait. Parce qu'il avait tant de qualités à côté que ses points noirs en devenaient dérisoires!
Nous sommes en très bons termes, encore aujourd'hui, et je suis très fière de l'avoir pour ami. Je suis fière de lui. :)
Il y a peu, à Noël dernier, mon professeur d'anglais, homme admirable que je salue si il lit cet article, nous a passé une cassette, "Bowling For Columbine". Moi qui pensait savoir ce qui se passait aux USA, j'ai pris une grande claque. Je ne découvrais pas uniquement l'injustice et l'absurdité atroce d'un pays, ma fierté en prenait aussi un coup. On dira ce qu'on voudra de Michael Moore, à tort ou à raison, mais son film est véritablement un bijou d'analyse. Une simple et ingénieuse exposition des faits.
Dracula n'a pas seulement été interdit pour "raisons pornographiques", mais bien parce que ce personnage représentait alors tous les côtés que la morale chrétienne réprouvait, comme la luxure, le meurtre...
Ce vampire pourrait être Satan, et pourtant -ce n'est pas faute d'avoir essayé-, je n'arrive pas à être contre lui. Ce personnage est sans entraves, il ne renie pas ce qu'il est, il est "libre" quelque part. Quelqu'un de ce style ne peut que fasciner, surtout les gens qui vivent avec entraves et limites, tels que les humains. Un humain veut toujours ce qu'il n'a pas. Dracula l'a. Le fait que l'oeuvre fut interdite est aussi du à ce que le vampire est devenu ce monstre à cause de l'Eglise, ce qui est le dernier message que les chrétiens veulent entendre!
Eh bien ce soir, j'ai reçu un mail provenant d'un site qui envoie une "chaîne", semble-t-il. Un mail qui m'a enragé tout d'abord, mais ma curiosité a pris le dessus ensuite. J'ai ce trait très énervant, je m'emballe, je m'emballe, et je réfléchi ensuite. J'essaie de changer et j'ai fait des progrès, avant je réfléchissais pas! :)
Ce mail provient d'un certain Paul de Maison Neuve. Ce qui m'a enragé, c'est que cette personne, adepte de la théorie du complot, a envoyé un mail qui s'attaque, devinez à qui? Les francs-maçons. Ca, les satanistes ou les juifs, vous aviez une chance sur trois de tomber juste. Je me suis d'ailleurs demandé quel journal (avant de savoir que c'était ce fameux Paul) avait publié ça car je ne sais pas si vous avez remarqué mais à chaque baisse des ventes de certains magazines, ceux-ci publient invariablement un dossier choc/révélation sur un complot dont les acteurs sont, à l'instar d'un Cary Grant récurent chez Hitchock, les francs-maçons, les juifs ou les satanistes ou l'ordre du templier. Je vous engage à y prêter attention, vous verrez, c'est très "amusant" à observer!
Seulement, la vérité, c'est que ça ne m'a pas amusé. J'étais déjà tombé sur ce site, en faisant de plus amples recherches sur les francs-maçons justement, que je savais non dangereux. Miterrand était aparement un franc-maçon et même si il a fait des bêtises dans sa vie (qui n'en fait pas des grosses parfois), c'était un grand homme et je défend quiconque de spolier sa mémoire. C'est quand même grâce à lui que la peine de mort à été abolie en France, et ne reconnaître que ce qu'il a fait de mauvais n'est vraiment pas juste car il fait beaucoup de choses très "cool" à côté. C'est sous sa férule et créée par un de ses plus fidèles partisans et ami, Jack Lang, qu'est née la fête de la musique.
Je n'irai pas jusqu'à dire que la franc-maçonnerie est la "religion" ou plutôt le "dogme" qui crève tout de la mort qui tue qu'il vous faut (comme diraient les djeun's), elle a un "petit côté" élitiste et imbue d'elle même (qui a dit comme Mens...:)?) qui ne me plait guère. Mais elle ne veut embêter personne avec ses théories (qui sont pour le moins très humanistes), on choisit d'être franc-maçon et ce n'est d'ailleurs pas "facile" d'y entrer, contrairement à beaucoup d'institutions dites comme elle "sectes". On n'y baptise pas ses enfants et on peut en partir si on le souhaite. Il y a des réunions qui se tiennent où contrairement à la croyance populaire, on ne vénère ni diable ni dieu. Certes, on ne dit pas être franc-maçon. Pas parce qu'on y fait des choses inavouables, mais bien parce que les gens sont manipulables et que d'autre gens, tels que Paul, leur font croire que ces gens sont sataniques.
J'évoquai tout à l'heure les cathares. Le mot "cathares" a des origines étymologiques controversées, mais une de celle les plus probables et qu'au 18ème siècle, un historien définissa les albigeois sous deux vieux mots francs proche de "cathare" signifiant "adorateurs du chat" c'est-à-dire du diable. Nombreux sont ceux, manipulés par L'Eglise catholique et son pape sanguinaire (un des auteurs des croisades) à avoir cru que les cathares vénéraient le Diable et sa venue sur Terre provoquant l'apocalypse. Et nombreux sont encore ceux, ignorants de l'Histoire et faibles, influençables aux idées reçues, qui associent toujours cathares à "barbares" ou adorateurs du diable.
Mais ils avaient un défaut: Ils s'opposaient ainsi au pape, en ne reconnaissant plus son autorité. Ils ne reconnaissaient que celle de dieu, son fils, ses messages. Et ça, ça leur a été fatal. Désignés dès lors comme hérétiques, adorateurs du Diable, ils ont été persécutés, jusqu'au dernier, par les croisés. Je ne sais pas trop qui est à blâmer: l'ancêtre meurtrier ou un descendant fier de son ancêtre et donc un peu "complice" (d'une certaine manière). Je ne dois pas être normale, moi, je renierai un ancêtre pareil...
A se méfier donc des croyances populaires et des gens qui en sont à l'origine. J'ai tellement appris d'exemples de ce genre. Ils sont pratiquement monnaie courante.
Oui, il y a des gens qui y croient, je vous jure. C'est sûrement une des raisons pour lesquelles les francs-maçons restent discrets d'ailleurs. Ce n'est pas comparable me direz-vous, mais auriez-vous dit, si vous aviez été cathare que vous l'étiez? Auriez-vous dit que vous étiez protestant à l'époque des persécutions des protestants? Auriez-vous dit comme ça que vous étiez juif, en France, pendant la seconde guerre mondiale?
Un franc-maçon qui dit aujourd'hui à tout va qu'il est franc-maçon (à l'instar d'un homosexuel par exemple il y a encore quelque années) peut être sûr qu'il sera "rejeté" par la société, à cause de ce que font courir comme rumeur des gens comme paul. Il peut être sûr que son image sera ternie -et pas vraiment à raison-, et que s'il veut parvenir à quelque chose, il devra se battre comme un dingue. Il peut même être pratiquement sûr qu'il n'atteindra pas une place importante dans une société qui ne voudra pas de lui, car elle le diabolise.
Un cas de figure s'envisage où , Paul croit vraiment ce qu'il dit. Et là, ma curiosité naturelle prend le dessus. Comment a-t-il été amené à croire ce genre de choses et surtout à faire passer le message ensuite? Qu'est-ce qui la rendu comme ça? N'existe-il pas de solutions pour qu'il ouvre les yeux? Qu'il reconnaisse son tort, son peu d'ouverture, son intolérance? Qu'il est devenu un vecteur de cette haine et cette intolérance? Il n'est donc pas curieux d'en savoir un peu plus sur ceux qu'il dénigre allégrement, sans raisons? Pourquoi n'est-il pas curieux? La haine est facile à éprouver, elle nous conforte dans nos idées, parfois absurdes et blessantes. Quand je l'éprouve, j'en souffre. Pourquoi ne cherche-t-il pas à en sortir? Se plaît-il vraiment dans cette haine? Se sent-il vraiment bien? Puissant? Pourquoi est-il si lâche?
Pourquoi est-il ce qu'il est? Qui a pu faire qu'il est aussi intolérant? Et pourquoi n'a-t-il rien fait? Personne ne lui a jamais dit?
Un dernière chose, Monsieur Paul. Mon message ne changera peut-être rien à votre ignorance, à votre intolérance, bien que j'espère le contraire. Je ne m'érige pas en prophétesse de la bonne parole, n'ayant pas celle-ci. Je ne vénère rien. J'ai à mon actif tout un lot de conneries plus ou moins énormes. Et j'ai même des fois du mal à les assumer. Moi aussi, je suis lâche parfois, je cède à la facilité, je cède à la haine et à l'énervement, ce papier en est un exemple. Et je ne suis pas à l'abri de commettre des erreurs plus tard, je ne suis pas vieille. Mais, je tente quand même de réfléchir un peu à mes actes. Et ce que je sais, c'est que j'ai souffert sans raison de l'intolérance injustifiée de certain, qu'il me reste même encore des cicatrices et qu'il m'en restera toujours, car parfois mes plaies sont ré ouvertes. Je me conforte à croire que vous avez vécu des expériences pas similaires mais pratiquement. Que vous êtes tombé sur une bande de cons faisant honte à leur communauté, comme il y en a partout ailleurs. Et pour être tombée dans le panneau de la haine envers des gens qui ne me toléraient pas et me le faisaient bien savoir, je sais ce qu'on le ressent. Je devenait intolérante, pas mieux que ceux qui avaient créée cette haine -en admettant qu'ils soient vraiment l'origine et non leur éducation...
Je sais ce que procure comme sentiment la vengeance ou la volonté de se venger. Mais je suis quelqu'un qui, malgré ses vilains défauts, n'est pas bien "méchant" au fond. J'ai été élevée par des parents pas toujours baba cool mais justes et aimants. Etre méchante ne me ressemble pas. Quand l'on tombe dans un tourbillon, il faut pouvoir donner un bon coup de pied de côté, si l'on veut s'en sortir. La haine est plus qu'un cercle vicieux, c'est un vrai tourbillon. En sortir demande de l'entraînement, un effort considérable, que je ne parviens pas toujours à fournir. Mais je finis par en sortir, toujours, même si c'est parfois un peu tard. Si quelqu'un d'assez craintif et peu courageux que moi peut y arriver, je garde espoir pour vous.





